my . artist run website

Démarche artistique / Artist statement

''Mon travail photographique est imprégné par l'introspection. Plus qu'un élément central, il en est rempli, viscéralement. Ce rapport au ''je'' est sans cesse animé par la mise en scène que je fais de moi-même. A l'heure de l'omniprésence de l'image sociale et de la naissance du selfie où le narcissisme prédomine, l'autoportrait pose question. A travers des promenades solitaires consistant à arpenter les rues, les champs, les forêts, les maisons abandonnées avec mes appareils photo analogiques, tantôt caméras instantanées, tantôt 35 mm, je cherche ma place dans le décor. Je la crée. La question de la place, est au cœur de mes séries. Elle est intimement liée à ma vie personnelle, à mon histoire. Trouver sa place ou se la donner. Là où l'enfance a laissé des blessures, il doit y avoir une construction du moi pour assurer sa propre (sur)vie. Les mots, trop précis et maladroits pour la douleur et l'autoconstruction, sont remplacés par des images permettant de saisir certains indices sous le mystère, sans trop en dire. La photographie analogique, brute et sensible, est appréhendée ici comme un miroir, une possibilité de se comprendre et d'accéder à l'amour de soi entre l'enfance et l'âge adulte.

Depuis 2013, mes séries d'autoportraits, font corps avec le concept de la résilience dont parle le neuropsychiatre français Boris Cyrulnik : ''Comme dans tout développement, on ne pourra parler de résilience que longtemps après, lorsque l'adulte enfin réparé avouera le fracas de son enfance. La résilience constitue donc un processus naturel qui se tricote avec ses milieux écologiques, affectifs et verbaux.'' Je cherche à appréhender ma propre réalité en m'incluant dans des paysages poétiques et oniriques, faits de nature et de lumière, ma source d'inspiration première. Lors de ces mises en scène, la notion de solitude est omniprésente. Une solitude sereine. Seule avec mes appareils, mon trépied, mon self-timer et quelques robes anciennes dans un sac, ces mises-en-scène apparaissent comme des rituels avec moi-même, en silence, qui convoquent la patience et la communion avec l'environnement. L'autoportrait, lorsqu'il est analogique, prend le risque du ratage. A chaque fois, j'ai une idée de photographie en tête mais le résultat a de grandes chances de ne pas être adéquat. D'autant plus avec le médium incontrôlable et coûteux qu'est le Polaroid qui relève autant du stress que de l'excitation lors de l'apparition progressive de l'image. Parfois, dans un second temps, j'ajoute à ces mises en scènes une étape supplémentaire de travail sur la matière-même du Polaroid. J'aime son petit format qui fait de lui un trésor et son grain singulier. J'utilise alors des collages, des superpositions de Polaroids par transparence, ou des transferts d'émulsion sur papier. Lorsque le résultat est satisfaisant, mon sentiment de bien-être est exceptionnel et la photographie réussie m'apparaît comme un morceau du puzzle, comme une pièce unique, qui contribue à ma construction identitaire. Les séries Refuges, Les siestes de neige, Botanica ou encore Souvenirs de Brume sont animées par cette poésie de l'incontrôlable.

Récemment, je me suis mise à travailler davantage en 35 mm, en noir et blanc, où je réalise l'ensemble des étapes, depuis les prises de vues jusqu'aux tirages sur papier argentique en chambre noire. Le rituel du moi au moi s'est étendu, probablement parce qu'il s'est doublé de maturité permettant une plus grande patience. L'instantanéité n'est plus une fin en soi, mais la quête du moi reste mon fil d'Ariane.''

 


© Michael Abril - 2017

 

''My photographic work is mainly around the notion of ''I''. More than that, its viscerally full of it. This concern of the ''I'' is always brought by the way I stage myself. Nowadays, with the importance of the social image and the selfie, where the narcissism predominates, the selfportrait is questionning itself. Throughout solitary walks, consisting of exploring streets, fields, forests and abandonned houses with either my instant camera or 35mm camera, I'm looking for a place to stage myself. I'm creating it. The notion of place is in the core of my series. Its intimately linked to my own life, to my story. To find our place or to give it to ourself. Where childhood left wounds, there must be a construction of the ''I'' to assure our own survival. Words, too precise and clumsy for the pain and autoconstruction, are replaced by images, allowing to capture some hints under the mystery, without saying too much. Analogue photography, tough and soft, is apprehended here as a mirror, a possibility to understand and access to selflove betwee childhoon and adulthood. Since 2013, mes selfportrait series are part of the concept of resilience described by the neuropsychiatrist Boris Cyrulnik: ''Like in all development, we can speak of resilience only long after, when the adult finally healed, will admit the crash of his childhood. Resilience is a natural process which knits with its ecological, emotional and verbal environments.'' I want to apprehend my own reality by including me in poetic and dreamy landscapes, made of nature and light, both being my main inspirations. During these mise-en-scènes, the notion of loneliness is omnipresent. A calm loneliness. Alone with my devices, my tripod, my self-timer and a couple of antic dresses in a bag, these mise-en-scènes appear as some sort of rituals with myself, in silence, convoking patience and communion with the environment. Analogue selfportrait is more suitable for mistakes. Everytime, I have an idea for a photo but the result has good chances for not being adequat. Especially with this unstable and expensive medium that is the Polaroid, which raises as much stress than excitation when the image appears progressively. Sometimes, afterward, I add to these mise-en-scène more creative steps on the materiality of the Polaroid. I use collage, superimpositions by transparency or emulsion lift on paper. When the result looks fine to me, my sense of well-being is amazing and the photo appears to me as a puzzle piece, like a unique object, that contributes to the creation of my identity. The series Refuges, Botanica or Souvenirs de Brumeare animated by this uncontrollable poetry. Not long ago, I started to work more in Black & White 35mm, where I'm being part of all the creative process, from shooting to hand-printed my image in the dark room. The ritual of ''I'' has expended, maybe because it got more mature, allowing a stronger patience. Instantness is no longer an end in itself, but the quest for the ''I'' stays my fil d'Ariane.''