my . artist run website

il fait gris dans ta tête, tout à coup

''il fait gris dans ta tête, tout à coup'', vidéo-poème de Guillaume Vallée et Sarah Seené

Super8 - 3 min 07 - 2018



Ce vidéo-poème dont le point de départ est un texte écrit par Sarah Seené, est devenu un court film, le fruit d'une collaboration multi-disciplinaire avec l'artiste québécois Guillaume Vallée, mêlant la Super8, le Polaroid, l'auto-portrait, l'écriture poétique et la peinture sur pelliclule.

 


Il évoque la zone grise d'une agression et les tentatives de reconstruction, au coeur d'un récit visuel intime et sensible. 

 

La pellicule Super8 montre dans un premier temps la révélation des clichés Polaroids (auto-portraits noirs et blancs) image par image, puis le récit bascule. La caméra capte alors la réalité du processus de création, la photographe photographiant, comme un miroir frontal, qui se colore au fur et à mesure du texte, de nuances chaudes et nébuleuses.



''il fait gris dans ta tête, tout à coup", est sélectionné pour les Rendez-vous Vidéo-poésie du Festival de la Poésie de Montréal en partenariat avec Vidéographe, en mai 2018.




La projection aura lieu au Cinéma Beaubien, lundi 28 mai à 19h30, en présence des réalisateurs, des auteurs et du jury.

 

Le texte

 

Il fait gris dans ta tête, tout à coup

Il y a cette eau salée qui coule sur tes genoux

Une ombre s'est invitée dans le tableau

Elle est posée sur ton crâne, comme un étau.

 

Il fait nuit dans ta poitrine, à jamais

Y'a cette machine transparente comme un secret

Arborant des rouages, qui t'appartiennent pourtant

Elle agite des images qui te rongent en dedans.

 

Il fait froid dans ta chaleur comme un refrain

Y a cette fatalité que tu souhaiterais partie demain

Celle qui t'entoure de ses bras bien trop piquants

Tu voudrais t'en dégager, t'enfuir. Comme un enfant.

 

Il fait noir dans tes orteils recroquevillés

Perdus, sous les draps que tu tentes de laver

Pour les faire ressembler à ceux d'avant

Sans arrêt, comme un éternel recommencement.

 

Il fait pas beau au fond d'ta gorge, toute la journée

Y a des nuages juste au milieu, pour tout gâcher

Des sanglots, noués dans les cordes vocales

Des frissons qui courent sur la colonne vertébrale.

 

Il fait sombre dans tes souvenirs anesthésiés

Y a de la boue sur ces flash back deshinibés

Qui colle à tes paupières cousues de fil d'or

Et à ton coeur serré, qui tente de battre encore.

 

Il fait moche dans ta confiance en l'humanité

Il y a des roches qui tombent du ciel sur ta beauté

Des résidus qui sont enfouis dans l'estomac

et qui pourrissent effrontément, à l'intérieur de toi.

 

Il fait trop mal ce sentiment d'être envahie

Par des fantômes de chair dont tu n'as pas envie

Qui persistent sous la ceinture du consentement

Et te ramènent sans cesse à ce qui coule comme du sang,

 

Il fait trop chaud dans ta colère qui explosera

Comme une marmite débordante de mort aux rats

Un tourbillon, une tempête, un ouragan

Feront justice, juste avant

 

D'arrêter le temps.

 

(Texte © Sarah Seené - 2018 - Tous droits réservés)